Suspended spaces

Archive for the ‘Artistes & Œuvres’ Category

Mehmet Yashin / Suspended Spaces#1 à la Maison de la Culture

Mehmet Yashin

Dead House

2009 – 2010

Installation – texte transféré sur le mur, enregistrement sonore, textes à disposition

Traductions en allemand, anglais, bosniaque, espagnol, français, grec, italien, judeo-espagnol, letton,néerlandais, turc.

Pour le projet Suspended Spaces, Mehmet Yashin revisite son propre travail et propose une variation sur son poème Dead House. Dans cette pièce, il associe d’une part un enregistrement sonore où il lit le texte dans sa langue originale, le turc, d’autre part des traductions de ce poème en onze langues différentes, proposées au visiteur sur des feuilles volante et enfin l’écriture manuscrite de ce texte en français, à même les murs de la Maison de la Culture. Mehmet Yashin s’est basé sur son expérience d’enfant réfugié pour écrire le poème Dead House, où il évoque la maison de son enfance que sa famille et lui-même ont dû quitter pendant l’hiver 1963 (le “Bloody Christmas”) alors qu’il avait cinq ans. Située à Neapolis, dernier quartier cosmopolitain de Nicosie (Chypre), elle avait alors été pillée et incendiée par l’EOKA, l’Organisation Nationale des Combattants Chypriotes (une organisation nationaliste anticommuniste et pro-hellène qui souhaitait l’autodétermination de l’île et son rattachement à la Grèce). Mehmet Yashin avait perdu certains membres de sa famille lors de ce conflit.

Si aujourd’hui le poème occupe les murs de l’espace d’exposition à Amiens, il s’est nourri des murs brûlés de l’enfance de l’auteur. Chant en hommage à une maison morte, le texte crie le temps qui passe et la douleur de la perte, qui elle reste intacte, tandis que « tinte le fou-rire de la guerre ». En proposant le même poème en onze langues, Mehmet Yashin revendique le caractère universel de ses écrits. Ne prenant pas de position politique, il préfère l’espace poétique à celui des nations. En épilogue à son recueil paru en français sous le titre Constantinople n’attend plus personne (2008, Edition Bleu autour), il affirme ainsi : « L’espace de mon identité ne peut être que ma poésie ».

Mehmet Yashin signe ses écrits d’un même « seau », qui illustre les couvertures de ses livres : une figure de l’hybridité qu’il a dessinée lui-même et qui représente au mieux cette installation que l’artiste a placée aux croisements des identités – artistiques comme nationales.

Mehmet Yashin est un poète né en 1958 à Chypre. Il vit actuellement entre Cambridge, Istanbul et Nicosie. Il est considéré comme l’un des plus importants poètes turcophones de sa génération. En 1984, son premier recueil Sevgilim OÅNlü Asker (Soldat mort mon amour) est dédié « à toutes les victimes des guerres de Chypre». Il est récompensé par le Prix de poésie de l’Académie Turque et le Prix de poésie A. Kadir mais il a également pour conséquence l’expulsion du poète à cause de ses critiques « subversives » contre la politique turque défendue à Chypre. En parallèle à son travail poétique, il a écrit à ce jour deux nouvelles, trois essais et trois anthologies et études sur la poésie chypriote. Son travail est traduit dans plus de vingt langues. Ses poèmes ont fait l’objet de mises en musique et ont été adaptés pour la scène et pour des œuvres d’art visuel.

Charlène Dinhut

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4 janvier 2010 at 10:58

Christophe Viart / Suspended Spaces#1 à la Maison de la Culture

Christophe Viart

No diving or jumping

2010

Construction – technique mixte,

450 x 260 x 310 cm

No diving or jumping est né de deux voyages différents. Le premier est lié à la résidence organisée à Chypre dans le cadre du projet Suspended Spaces #1 en 2008, le second a conduit Christophe Viart à Tijuana, dans l’état de Basse-Californie au Mexique quelques mois plus tard. C’est sur la plage de cette ville, au bord du Pacifique, à quelques mètres de la frontière des États-Unis, qu’il a pris les photographies de la cabine de surveillance de baignade ayant servies de modèles à la pièce fabriquée pour l’exposition Suspended Spaces. Le passage par les images est une étape importante dans sa reproduction à l’échelle 1/1. Le repositionnement de cet équipement de sécurité délesté de sa fonction première dans un espace d’exposition joue sur l’ambiguïté du regard qu’on lui porte. Réflexion sur la perception des êtres et des choses, No diving or jumping se présente comme un emblème du point de vue : endroit où l’on doit se placer pour voir un objet le mieux possible et endroit où un objet doit être placé pour être bien vu. Travail de copie, No diving or jumping conjugue le souvenir de la plage de Tijuana, avec les campements des familles qui prennent le soleil sur le sable contrastant avec l’étendue déserte de l’autre côté de la frontière, et l’image survivante de Famagusta et de ses immeubles fantômes face à une mer dépeuplée.

Christophe Viart est né en 1962. Il vit à Nantes et travaille à Rennes où il enseigne à l’université Rennes 2 et à l’école régionale des beaux-arts.  Parmi d’autres, plusieurs expositions personnelles et collectives lui ont donné l’occasion de présenter son travail ces dernières années : 22 images, galerie de la présidence, université Rennes 2, 2008 ; A Survey of Artist’ Books. Les Editions Incertain Sens, centre for Contemporary Art Ujazdowski Castle, Varsovie (Pologne), 2007; Semantica, Centre de Arte Casa Duró, Mières (Espagne), 2006 ; Lugares de la mirada, Sala Lai,  Gijón (Espagne), 2005 ; Collections privées nantaises, musée des beauxarts, Nantes, 2003; Qu’est-ce que l’art domestique ?, galerie Jean-Luc et Takato Richard, Paris, 2003 ; Christophe Viart, galerie Ipso facto, Nantes, 2002. Il mène également différents projets éditoriaux dont un travail consacré à Moby Dick d’Hermann Melville qu’il poursuit actuellement et qui a en particulier donné lieu à la parution de deux livres d’artiste : Têtes ou queues et La Gamme édités chez Incertain sens en 2005.

No diving or jumping, 2009 Christophe Viart Technique mixte, 450 x 260 x 310 cm © Christophe Viart pour Suspended Spaces

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4 janvier 2010 at 10:55

Adrian Paci / Suspended Spaces à la Maison de la Culture

Adrian Paci,

artiste albanais, vit et travaille à Milan.

Dans le cadre de « Suspended Spaces #1 – From Famagusta »,  Adrian Paci présente une  vidéo : Centro di Permaneza Temporanea

Nommée d’après un camp de transit pour sans-papiers en Italie, la vidéo Centro di Permaneza Temporanea reflète l’impuissance des individus déplacés, qui tentent vainement de

rejoindre une destination désirée, et l’injuste absurdité des conditions de ces migrants. Le mouvement de ces hommes et de ces femmes prêts à embarquer est stoppé au bout de

l’escalier, aucun avion ne se présentant, et les voilà en transit entre terre et ciel, sans départ possible.

Décrivant la situation dans une perspective cinétique, Adrian Paci prolonge les plans rapprochés sur les individus par des plans larges englobant la passerelle et la piste d’atterrissage. Captant les expressions volontaires des visages et les mouvements minimes, comme des yeux qui se plissent ou

des cheveux dans le vent, l’artiste souligne l’unicité de chaque histoire, qu’il confronte à la situation socio-politique globale dans laquelle l’individu est absorbé et sur laquelle il n’a pas d’emprise. Malgré l’impasse où se trouvent ces migrants, la violence de leur situation et leur isolement sur cet escalier, les portraits que dresse Adrian Paci témoignent d’une dignité et d’une grande fermeté dans la lutte que demande une vie en transit. En arrière plan, l’activité de l’aéroport se poursuit pour les passagers « réguliers ».

Adrian Paci s’est beaucoup intéressé aux questions de la migration et de l’identité telles qu’elles se posent aujourd’hui dans notre monde de déplacements. Dans d’autres pièces, il s’investit dans des situations sociales dures pour observer les conséquences des changements liés au contexte de la mondialisation. Plus largement, travaillant avec des acteurs non professionnels et mettant en scène les hommes pris dans leurs difficultés, il explore les problèmes existentiels et sociaux de notre époque, les abordant de manière très personnelle, filmant parfois sa famille. L’artiste est inspiré par

ses propres expériences d’immigrés, qui deviennent progressivement une partie de l’histoire collective.

Adrian Paci, né en 1969, vit et travaille à Milan. L’artiste albanais a été diplômé de l’Académie des beaux-arts d’Albanie avant la fin du régime totalitaire de son pays. La chute du régime ouvrit une période de chaos qui conduit Adrian Paci à migrer, avec sa famille, en Italie. Son travail (vidéo, installation, peinture, photographie et sculpture) est régulièrement

montré en Europe et a fait l’objet d’expositions personnelles, notamment, en 2008, au Stuk Kunstcentrum à Louvain (Belgique), au Kunstverein de Hanovre, au Centre d’art contemporain de Tel Aviv. En 2009, ses œuvres ont été montrées au sein d’expositions collectives à la Galerie d’Hamilton (Canada), à la biennale de La Havane, au Musée Tamayo (Mexique), au Fresnoy – Studio national d’art contemporain (France), à la Biennale de Lyon.

Centro di Permaneza Temporanea Adrian Paci Albanie, Italie / 2007 / vidéo / 5’25 » / couleur © Adrian Paci

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4 janvier 2010 at 8:41

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Daniel Lê & Eric Valette /Suspended Spaces#1 à la Maison de la Culture

Daniel Lê, Eric Valette

Derby

2009

Vidéo, 3 mn 17, son

en alternance avec

BORN TO BE RED

2009

Vidéo, 6 mn 12, son

Pour le projet Suspended Spaces, Daniel Lê et Eric Valette ont décidé de travailler ensemble pour la première fois.

Dans Derby, ils s’intéressent à la singulière situation géographique d’une église en construction, au bord d’une autoroute et en face d’un stade, au sud de l’île de Chypre (partie grecque). Brut de béton mais suivant un modèle traditionnel byzantin, l’église inachevée leur est apparue comme un monument, magnifique et monstrueux à la fois, évoquant par sa matière et sa force l’absurdité et la beauté de la ville fantôme de Famagusta. Rapprochant symboliquement la fonction sociale du football et de la religion, en profitant de cette cohabitation étrange de part et d’autre de l’autoroute, Daniel Lê et Eric Valette ont enregistré l’occupation de l’espace sonore de cette église par le bruit de l’autoroute puis y ont fait entrer le son du stade lors d’un match de foot

particulier : un derby, opposant les deux clubs en exil de la ville de Famagusta, L’Anorthosis et le Nea Salamis. La chanson entendue, poème lyrique en hommage à Amochostos (nom grec de Famagusta), est chantée tour à tour par les deux tribunes de supporters des deux frères ennemis, dans un paroxysme d’agressivité.

Pour BORN TO BE RED, Daniel Lê et Eric Valette invitent de jeunes supporters du club de Nea Salamis à chanter dans le choeur de l’église inachevée. Présence humaine déplacée,

les adolescents sont en rouge, la couleur de ce club de Famagusta, la ville fantôme qu’ils n’ont jamais connue mais dont ils défendent pourtant le nom, en exil. Mais le rouge est aussi la couleur du drapeau turc, omniprésent dans le nord de Chypre, provocateur jusqu’à recouvrir une partie de la montagne qui fait face à la capitale Nicosie. Born to Be Red, le slogan « communiste» des supporters de ce club-là résonne donc comme une touchante ironie, de la part d’adolescents dont la ville d’origine est sous la botte « rouge» de l’armée turque.

Daniel Lê est né en 1961 à Levallois-Perret. Il enseigne les arts plastiques à la Faculté des Arts d’Amiens. Il vit et travaille à Paris. Il poursuit un travail artistique qui ne se signale pas par un « style », mais réside dans un phrasé personnel, se saisissant aussi bien de la photo, de la vidéo, du film, que du dessin, de la sculpture, des installations et de la performance. Il adopte des principes de travail à l’occasion de chaque nouveau projet. Il a orienté sa recherche autour de la question du documentaire avec notamment une vidéo intitulée How I shot Hitler et prépare une nouvelle vidéo God save the king. Il s’intéresse également à la chanson et poursuit un travail musical avec son groupe L8ter.

Eric Valette est né en 1969 à Bron (Lyon). Il enseigne les arts plastiques à la Faculté des Arts d’Amiens. Travaillant souvent depuis un poste d’observation. Ses vidéos et dessins sont à la fois le fruit de ces observations et un travail sur le fait même d’observer. Entre l’enregistrement froid de la vidéo surveillance et la contemplation poétique, se glissent des constats sociaux, des amorces de fiction, des rencontres avec le documentaire, le clip, la peinture ou le cinéma. Il réalise actuellement une bande dessinée autobiographique racontant la genèse et le développement du projet Suspended Spaces. Il a orienté sa recherche théorique sur la question de la représentation et sur les cultures adolescentes et leurs influences dans le champ artistique contemporain.

BORN TO BE RED Daniel Lê – Éric Valette Vidéo, 2009 © Daniel Lê – Éric Valette pour Suspended Spaces

Bande dessinée, projet en cours  2007-2010 Éric Valette  © Éric Valette pour Suspended Spaces
Bande dessinée, projet en cours Éric Valette 2007-2010 © Éric Valette pour Suspended Spaces

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4 janvier 2010 at 7:56

Yiannis Kyriakides / Suspended Spaces à la Maison de la Culture

Yiannis Kyriakides,

compositeur chypriote, vit et travaille à Amsterdam.

Reprenant la musique des night-clubs grecs des années 1970, l’installation de Yannis Kyriakides donne à écouter des fragments de chansons figées dans le temps, comme des ruines porteraient en eux le temps arrêté des années glorieuses. L’artiste a défini un espace neutre, sombre, où le public peut expérimenter la sensation de marcher sur des débris de disques. Cet espace prend forme dans la matière sonore, au fur et à mesure de l’avancée du spectateur : les voix et les sons deviennent audibles en fonction des coordonnées physiques du spectateur qui porte un casque, et dont le déplacement
est tracé par une caméra vidéo. «On trébuche sur un paysage de voix figées, sur des extraits de morceaux de
musique pop des années 1970 à peine reconnaissables, sur des rythmes disco brisés, comme des échos d’un espace invisible ».
Cette architecture sonore en mille morceaux évoque les immeubles qui tombent en ruine de la ville fantôme de Varosha dans la ville de Famagusta. Avant 1974, Famagusta était une grande ville balnéaire marquée par une importante vie nocturne. L’installation de Yannis Kyriakides souligne le synchronisme entre l’hédonisme optimiste nourrissant le tourisme et les violences politiques de la même période. Ici, dans l’espace sans repère visuel de l’oeuvre, la
position du spectateur se trace dans le présent du son figé depuis des années. «L’espace devient temporel. »

Disco Debris est né du voyage que Yannis Kyriakides a effectué à Chypre dans le cadre du projet Suspended Spaces, et de sa visite des alentours de la ville fantôme de Varosha. Lors de l’invasion de Famagusta par l’armée Turque, dans l’été 1974, Yannis Kyriakides et sa famille y passaient leurs
vacances. Le bombardement de juillet figure parmi l’un des premiers souvenirs de l’artiste. Réfugiés au sous-sol d’un hôtel, son frère et lui ont passé la journée à dessiner sur le sol à l’aide d’un morceau de roche qui, sous le choc des bombes, s’était détaché du mur. Au sujet de son séjour pour le projet Suspended Spaces, l’artiste raconte : « C’était très étrange de revenir sur place, de voir les coques de ces bâtiments et de savoir que ma première mémoire venait de ce jour où le temps s’était figé ici ». Il explique que l’idée d’utiliser la musique pop de cette époque comme image sonore pour cette installation est née du fait que son père possédait, à cette époque, un night-club à Nicosie. « J’avais le sentiment que ma conscience se développait sur fond de
pop musique grecque. »

Yianni Kyriakides est un compositeur chypriote qui vit et travaille actuellement à Amsterdam. Né à Chypre en 1969, il émigre avec sa famille en
Grande Bretagne en 1975. Par son travail de compositeur, Yannis Kyriakides cherche à créer des formes hybrides, utilisant des sources
sonores inattendues, combinant pratiques classiques et pratiques digitales. Il expérimente l’espace sensoriel que la musique occupe et travaille dans des domaines très variés : la danse, le théâtre, la vidéo, et les nouveaux médias. Il est membre du Conservatoire royal de musique de La Haye. Ses compositions ont fait l’objet de nombreux disques. En tant qu’improvisateur, il travaille notamment en duo avec Andy Moor (guitariste du groupe The Ex) nommé Red v Green, et est membre du groupe d’improvisation de danse et de musique Magpie Music Dance.

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4 janvier 2010 at 7:07

Jan Kopp / Suspended Spaces à la Maison de la Culture

Jan Kopp,

artiste allemand, vit et travaille à Paris

Pour réaliser l’animation the house, Jan Kopp a redessiné une photographie qu’il a prise d’une construction en béton armé dans la partie nord de Chypre. Cette construction est restée inachevée, résidu d’un chantier non terminé comme il en existe des centaines sur l’île mais aussi ailleurs dans le bassin méditerranéen, sans que l’on sache les raisons de cet état (problèmes légaux, financiers, politiques ?). Jan Kopp s’est particulièrement intéressé à ce bâtiment inachevée « pour son architecture rappelant la silhouette d’un temple de la Grèce antique ».

L’animation montre d’abord un paysage, qui se résume en trois surfaces : le sol, une bande sombre représentant la mer et le ciel légèrement brumeux. Puis l’animation laisse apparaître la structure architecturale inachevée, ainsi que des personnages fantomatiques qui, par gommage, disparaissent

ensuite. Accompagnée du son discret de la mer, cette lente évolution des formes, bien éloignée de la dureté de la structure géométrique en béton, introduit un regard poétique et délicat, où l’absence et la disparition semblent se jouer de ce que la présence d’une telle construction signifie dans l’économie de l’île. Car à Chypre comme ailleurs, construire, c’est prendre possession du territoire.

Seul le paysage demeure inchangé dans l’étrangeté de cette temporalité reconstruite. Face à ce bâtiment imposant, qui fait bloc, l’achèvement de toute action humaine planifiée et cohérente semble ici mis à mal. La présence humaine apparaît fragile, elle se défait et ne peut s’approprier aucune matière, aucune identité, ni unité.

The house 2009 Jan Kopp © Jan Kopp pour Suspended Spaces

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4 janvier 2010 at 7:05

Elizabeth Hoak Doering / Suspended Spaces#1 à la Maison de l’Architecture

Elizabeth Hoak Doering

things, witnesses!

2009

Installation – objets, papier, mécanisme, enregistrement sonore. Dimension variable

Depuis plus de cinq ans, Elizabeth Hoak Doering mêle le dessin et l’installation. Elle fait « dessiner les objets » ou les éléments naturels, et explore ainsi l’idée d’une intériorité du monde non-humain, qui se dévoilerait dans ces graphismes.

Pour réaliser things, witnesses!, elle a emprunté à des habitants des deux parties de Chypre divisée des objets quotidiens vieux d’au moins trente ans, pour qu’ils aient été témoins de la division de l’île et des douloureux événements des années 1970. Suspendus en l’air et équipés d’un stylet qui les prolonge vers le sol, ils inscrivent des traces sur une feuille de papier placée à son contact, lorsqu’ils sont mis en mouvement. Déjà exposé à Chypre en 2009, ce dispositif était accompagné de la voix enregistrée de l’artiste, traduisant en anglais le récit des objets raconté par leurs propriétaires.

Elizabeth Hoak Doering interroge les objets en tant que témoins de l’histoire, se référant aux propos de Walter Benjamin (L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique) : « Ce qui fait l’authenticité d’une chose est tout ce qu’elle contient de transmissible de par son origine, de sa durée matérielle à son pouvoir de témoignage historique ».

Les objets d’Elizabeth Hoak Doering sont sensibles à la présence de l’humain détectée par des capteurs placés dans l’espace de l’installation, qui actionnent de petits moteurs. Ainsi, le mouvement naturel d’oscillation d’une chaise, lié à la masse d’air qui l’environne, est renforcé par le passage d’un spectateur qui déclenche la mise en marche du moteur. C’est aussi pour explorer ce lien entre hommes et objets que l’âge des objets importait à l’artiste : elle souhaitait qu’ils aient aux yeux de leur propriétaire une charge affective. La douceur des mouvements et des traits déposés sur le papier semble ici une réponse faite par les objets. L’objet devient alors le témoin de l’entremêlement de deux polarités de l’identité, le politique et le personnel. Ces objets inscriraient ici leur témoignage, et chaque dessin réalisé étant unique, cette installation met en valeur la pluralité des expressions et des expériences d’une histoire commune, celle de Chypre, sous-tendue par les questions politiques.

Elizabeth Hoak Doering explique que depuis les années 2000, elle s’intéresse à l’idée que le travail artistique est « déjà là », présent dans le monde extérieur, et que le travail de l’artiste consiste à le remarquer et à le matérialiser en image, à le « traduire ».

Elizabeth Hoak Doering, née en 1966 à Philadelphie, vit et travaille à Nicosie, Chypre. Elle a étudié l’anthropologie et la sculpture. C’est en 2002, à l’occasion de sa participation à la Biennale d’Arménie sur l’invitation de Garo Keheyan, qu’elle construit ses propres appareils et oriente ainsi son travail vers l’installation, les arts visuels et la création sonore. Plusieurs de ces œuvres explorent Chypre, sa société et ses enjeux identitaires et politiques. Elle y a effectué de nombreux séjours avant de s’y installer en 2007.

Charlène Dinhut

things, witnesses! Elizabeth Hoak Doering 2009 Installation - objets, papier, mécanisme Dimension variable © Elizabeth Hoak Doering pour Suspended Spaces

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4 janvier 2010 at 5:53