Suspended spaces

Le Projet

Suspended Spaces #1

Première manifestation publique d’un projet issu d’un collectif regroupé autour d’artistes et de chercheurs de l’Université de Picardie qui a réuni petit à petit un groupe de plus d’une trentaine d’artistes internationaux, Suspended Spaces#1 s’est construit à partir d’une question sensible liée à une situation réelle : un quartier Varosha, abandonné par ses habitants forcés de partir, d’une ville chypriote, Famagusta, occupée par une armée qui en interdit l’accès depuis 1974. Véritable parenthèse spatiale, à la fois monument et no man’s land, cette ville fantôme interroge nos histoires et notre histoire, celle des échecs des politiques qui ont mené les hommes au désastre qu’une certaine modernité n’a pas su éviter.

L’originalité de cette exposition tient au fait qu’elle est la première manifestation d’un projet in progress mené par un collectif (artiste, universitaires, acteurs de structures artistique) qui a fait l’expérience d’un lieu spécifique très impressionnant dans une zone géopolitiquement particulièrement sensible, et a ensuite réuni, sur des critères de qualités artistiques et de qualités humaines particulières, un groupe d’artistes et de chercheurs en sciences humaines et sociales, afin de « penser » ce lieu particulier avec chacun leur moyens d’expression propres. Il a fallu inventer un rythme de travail et de rencontres, créer les conditions d’une expérience vécue et partagée, proposer un espace et des conditions d’exposition, d’échange, de présentation des réflexions menées pendant plus d’une année. Des résidences à Chypre et en France ont soudé ce groupe qui s’était constitué de manière assez organique mais dont les différents acteurs ne se connaissaient pas forcément au départ.

Le projet s’est constitué en récit, qui raconté ici et là a suscité de nouvelles rencontres et de nouvelles complicités. Financé dans sa majorité par la Région Picarde où une partie du collectif travaille (Université de Picardie Jules Verne), ce projet a bénéficié du pari audacieux mais finalement très cohérent de l’Europe des régions qui peut se passer des capitales et des logiques centralisatrices.

A partir de l’expérience commune des lieux et résolument tournée du côté du sensible et des représentations symboliques, l’exposition Suspended Spaces #1, hébergée et co-produite par la Maison de la Culture d’Amiens, présente des productions inédites qui prennent leur inspiration, de près ou de loin, dans cet espace suspendu particulier, dont la puissance d’impact mais aussi la mélancolie qui s’en dégagent ont été expérimentées avec une grande émotion par tous les acteurs de ce projet quelque peu utopique.

Après une seconde étape à Nicosie début 2011 et une publication plus loin, le projet poursuivra sa route dans d’autres villes européennes, probablement sous d’autres formes et à partir de nouvelles expériences communes.

À l’occasion de la semaine Tendance qui débute en même temps que les expositions et qui a pris pour thématique le no man’s land , un programme de performances, projections de films et de vidéos, tables rondes et communications –Entre mondes – sera proposé en contrepoint des spectacles de danse et de théâtre. Les artistes du projet seront présents pendant la semaine Tendance.

NO MAN’S LAND, PARENTHESE SPATIALE (english version after french)

On définit généralement un espace par sa fonction (un terrain de sport, un champ de pommes de terres, une aire de repos) ou par son lien d’appartenance privée ou publique (un jardin, une zone militaire, un pays,). Il existe aussi des espaces qui sont définis par la négative, dont le statut principal est de ne pas être occupé. Le no man’s land est un territoire privé de présence humaine. Généralement, les régions qui empêchent les hommes d’occuper un territoire sont le fruit d’un conflit, d’une violence : Parfois, des no man’s land apparaissent au gré d’une guerre ou d’une catastrophe, quartier visé par des snipers, champ de mines, zone contaminée, distance qui sépare deux lignes de front. Mais souvent, on dessine délibérément des no man’s land entre deux zones sensibles, ligne verte à Chypre, environ du mur Israëlo-palestinien, frontière du sud des Etats-Unis etc. De manière autoritaire, des territoires sont retirés de l’usage habituel pour créer un vide.

Le XXème siècle a particulièrement été marqué par des no man’s land à forte puissance symbolique : le terme apparaît pour décrire l’espace qui sépare deux tranchées de la première guerre mondiale. Puis on le retrouve dans de nombreuses situations de statu quo liées à la guerre froide, derrière le mur de Berlin, entre les deux Corées, entre la Chine et l’Inde, au Liban, en Palestine et plus récemment dans la Yougoslavie déchirée. Aujourd’hui, des no man’s land sont décidés aux Etats-Unis d’Amérique, sur des îles espagnoles, italiennes, pour permettre la surveillance des frontières, non plus pour se protéger contre un état voisin mais pour prévenir les flux migratoires. Les télévisions ont passé en boucle ces images stupéfiantes où des centaines de candidats à l’immigration prenaient d’assaut un No man’s land séparant Ceuta du Maroc.

L’Europe politique d’aujourd’hui se construit sur un principe de disparition des frontières physiques. L’espace Schengen voit peu à peu s’effacer les lignes frontières entre les membres de l’Union européenne, gommant symboliquement ce qui fut doublement à l’origine des conflits mondiaux du siècle dernier. Cependant, ponctuellement et avec une violence symbolique manifeste, des espaces frontières, des zones tampons, des Suspended spaces, ponctuent la géographie européenne comme autant de points de crispations. Qu’ils protègent une frontière entre l’Europe et le Moyen-Orient (zone verte chypriote), entre l’Europe et l’Afrique (Ceuta, Melilla, Lampedusa), entre islam et chrétienté (Bosnie-Herzégovine), ces divers espaces vides font écho à tous les conflits de la planète dont ils constituent une version paradoxale : un espace dépeuplé qui évoque une surpopulation, un calme qui évoque une grande violence, un vide qui évoque de multiples souffrances.

TOURISME ET HABITATIONS PROVISOIRES

La montée en puissance économique de l’Europe est à l’origine d’un double flux en tous points opposé : d’une part, les citoyens européens ont de plus en plus les moyens financiers pour aller chercher le soleil, fuyant les grandes villes septentrionales pour s’évader vers le Sud, la chaleur, la mer. D’autre part, les populations qui bordent l’Europe tentent désespérément de remonter vers les pays les plus riches, de manière clandestine souvent. L’ironie de ce dramatique échange de populations est qu’il prend place souvent aux mêmes endroits : les plages des Canaries accueillent les touristes la journée et les embarcations de fortune la nuit. Les îles de Lampedusa, de Chypre, de Malte, connaissent toutes le même afflux de touristes et d’immigrés clandestins. Tout est fait pour éviter de confronter les uns avec les autres, les visiteurs souhaités et ceux qui sont traqués.

D’un point de vue spatial, les lieux dédiés aux touristes de masse répondent souvent à une même logique ; regroupement et concentration des logements à l’écart des centres historiques et des habitations indigènes, sérialisation et standardisation des architectures, relative précarité, bungalows, campements… Ces complexes ad hoc, issus d’aucune culture autochtone, surgissent au gré des possibles arrivages de vacanciers, imposant leur style, leur forme, leur logique. Toutes proportions gardées, ils définissent des espaces tout aussi « étrangers » à la réalité locale que ceux emménagés pour contenir l’immigration clandestine, une forme policée de Suspended spaces.

Les côtes méditerranéennes se couvrent, simultanément, de structures touristiques à grande échelle occupées au rythme des vacances saisonnières, et de zones de surveillance, de camps de rétention, pour endiguer l’arrivée permanente de candidats à l’exil. Il y a dans cette géographie paradoxale quelque chose de monstrueux, à la fois par la transformation du paysage et les conflits d’intérêts qui l’habitent. Le fantasme de la belle nature idéale et vierge croise le fantasme de la grande civilisation où tout est possible. Dans un cas comme dans l’autre, la réalité du pays d’accueil n’a aucune importance, ne fait l’objet d’aucune attention particulière, sinon là encore de manière fantasmée ou folklorique.

URBANISME, COLONIE ET POST-COLONIE

Le tourisme impose massivement sa présence par la construction de logements, de structures d’accueil et de loisir, de voies de circulations, et ses différents équipements se rapprochent parfois de fait d’un urbanisme post colonial. Ses formes ne sont d’ailleurs pas sans rappeler un autre processus de colonisation, stratégique et planifié. En effet, la construction de logement est une arme, depuis longtemps utilisée dans les conflits de territoires, pour imposer sa présence à l’autre, fut-elle une présence « vide ». Ainsi peut-on qualifier de Suspended spaces ces lotissements en très grand nombre construits de manière systématique dans la partie nord de Chypre, imposant la future présence de turcs ou de touristes anglais sur une terre revendiquée par les grecs chypriotes. Ainsi peut-on qualifier de Suspended spaces les colonies israéliennes, construites, barricadées et protégées, sans même encore avoir d’habitants pour y loger. Cette manière d’inscrire potentiellement l’habitat en un lieu renvoie là encore à une conception d’espace en suspens, dont la force symbolique prend ici des formes performatives. La proposition spatiale devient un enjeu tangible, avec toutes les souffrances concrètes qui l’accompagnent.

VIDE ET MEMOIRE

Nous faisons l’hypothèse que le regard artistique sur ces Suspended spaces qui dessinent des parenthèses dans les frontières européennes, saura interroger et mettre à jour la puissance symbolique, sémantique, visuelle de ces espaces vides. En effet, la perception du vide de ces espaces est toute relative. Voir ce qui n’est pas ne fait pas appel stricto sensu à des données sensibles mais à une mise en relation entre des formes perçues et la mémoire de ces lieux ou de lieux équivalents.

Ainsi, lorsque le no man’s land devient vaste et englobe non seulement des parcelles de paysages mais aussi des villages, des villes, la sensation de vide est accentuée. Les villes fantômes sont une forme de paroxysme de ce hiatus entre ce qui est perçu et ce que la mémoire nous suggère, nous communique comme information, comme projection, fiction.

L’absence de présence humaine devient manifeste. Les formes perçues sont nourries de la mémoire des lieux, de leur ressemblance à d’autres espaces, d’autres géographies, d’autres histoires, et ces croisements de sens par rapprochements formels, cette importance donnée aux détails, au peu perceptible, renvoie sans nul doute à la manière dont l’art d’aujourd’hui travaille, à la croisée des arts plastiques et du documentaire, de l’esthétique et de l’anthropologie.

Il ne s’agit nullement de nous efforcer de donner aux artistes un nouvel « os à ronger », un objet de travail riche en souffrances et en polémiques, qui pourrait combler la soif de sens et de sensations du monde de l’art. Il est plutôt question ici de rassembler des regards précis, sensibles, attentionnés, sur un objet ou plutôt un espace dont l’opacité est paradigmatique. Car il faut des spécialistes, des chirurgiens du regard pour observer le vide, l’absence.

Le caractère pluridisciplinaire est ainsi non pas une posture mais une évidence. L’approche artistique ne peut faire l’impasse sur une documentation historique, géographique, anthropologique, urbanistique. Cependant, il ne s’agit pas d’envisager les différentes informations de spécialistes comme une documentation préalable au travail artistique, mais bien d’envisager la création artistique comme porteuse de connaissances historiques, géographiques, anthropologiques et philosophiques. L’imbrication et la coopération de tous les acteurs du projet, avec leurs différentes disciplines et leurs différents regards, seront permanentes et continues.

UN ESPACE PARADIGMATIQUE : FAMAGUSTA (CHYPRE).

Un lieu : Famagusta ou plus précisément Varosha, une ville fantôme située sur la côte est de Chypre, dans la partie nord de l’île. Varosha, moitié grecque chypriote de la ville de Famagusta, une des plus grandes de Chypre (60 000 habitants hors période estivale), a été vidée de ses habitants en 48h en août 1974 lors de l’offensive turque sur l’île, et immédiatement bouclée par l’armée. Elle est restée « en l’état » depuis, devant plus ou moins servir de monnaie d’échange dans des négociations entre les deux communautés (Chypriote grecque et turque). La ville est ceinturée par un cordon de grillages et barbelés gardé par des militaires. Il est impossible de pénétrer à l’intérieur de la zone délimitée par ce cordon, interdit de filmer ou prendre des photographies, mais il est possible d’en faire le tour et de la voir depuis la plage.

Cela fait maintenant bientôt 35 ans que cette ville est suspendue dans le temps et suspendue à une décision politique qui pourrait lui redonner une destination. Vidée de ses corps et abandonnée de force, cette ville constitue un sanctuaire, un lieu de mémoire, un objet voué à une entropie inéluctable. La végétation gagne petit à petit du terrain, envahissant les bâtiments déjà détériorés par le temps, les pillages et les bombardements de 1974. Si l’impact visuel de cette ville fantôme est très puissant car ses dimensions sont celles d’une ville de grande superficie et que l’atmosphère qui s’en dégage n’est pas sans évoquer les paradoxes de la modernité (cf. le concept de « ruines à l’envers » de Robert Smithson), cet espace « non-occupé » ou « en attente d’occupation » manque de visibilité en dehors des frontières du pays.

Au-delà de la spécificité géo-politique du lieu et au-delà de toute position partisane, il nous semble que Famagusta porte tout à la fois une violence et une poésie que l’art « moderne » et en particulier le cinéma a su tenir ensemble sous la forme générique de l’image-temps pour citer un terme deleuzien.

Famagusta est une ville que l’histoire a laissée en suspens. Elle symbolise mieux que beaucoup d’exemples le statu quo déchirant de la situation chypriote. Mais elle fonctionne aussi comme symbole par sa forme. A l’origine du projet, il y a une série de confrontations entre chacun d’entre nous et cette ville, sa présence, sa puissance symbolique au sens d’Ernst Cassirer. Famagusta est une ville qu’on observe de l’extérieur, soit un peu clandestinement (depuis la partie nord), soit dans une mise en scène spectaculaire (depuis la partie sud). C’est un espace que nous n’avons pas le droit de filmer ni photographier. Le fait que cette ville fantôme, son histoire et son existence mêmes, soient méconnues de l’Europe entière (Turquie comprise) se manifeste par la surprenante quiétude de cette ville balnéaire qui est là, encore là, avec ses parasols abandonnés, ses façades vieillies, sa végétation débordante. Sa présence physique, son extériorité, bref, sa forme, est tout aussi symbolique que la situation historique qu’elle représente. En ce sens, cette ville nous semble pouvoir justifier une approche artistique plutôt que journalistique ou historique.

Oui, il y a certainement une injustice dans la situation chypriote que tout le monde ignore par désintérêt. Oui il y certainement un travail d’information, d’archivage, de témoignage à faire, et il est possible que notre projet y contribue. Mais ce ne sera pas l’enjeu principal. Notre objet gardera et revendiquera son caractère artistique. Il s’agira de confronter des regards artistiques à ce paysage urbain, spectaculaire, dense, riche, fragile, sensible, qu’est la ville de Famagusta, pour produire des objets artistiques aux formes et genres variées. Entendons bien qu’il ne s’agira pas de nier l’histoire ou la réalité géopolitique de la situation, mais plutôt de l’aborder par la forme, par l’extérieur, comme nous l’avons fait en tournant autour de la ville à chacune de nos visites. Ce parti pris n’entraîne nullement une mise à distance de notre «objet», mais plutôt une mise en relation individuelle singulière, qui passera par l’histoire et le regard de chacun et dans une approche qui revendiquera sa subjectivité, ses impasses, ses omissions. Il n’est d’autant moins question de mettre Famagusta « à distance » que la position d’extériorité évoquée à notre propos est toute relative. Certes, le projet se construit principalement depuis la France, mais parmi les acteurs du projet, il y a des chypriotes grecs et turcs, ainsi que des turcs et des artistes dont le pays d’origine croise la question de la partition et de la déchirure.

Positionnement du projet aux niveaux européen et international:

Il existe de nombreuses manifestations artistiques internationales qui constituent les principaux espaces de valorisation de la recherche plastique, biennales et foires particulièrement. Les artistes qui ont été choisis pour ce projet existent dans ce champ artistique et ont donc la légitimité de cette reconnaissance-là. Cependant, les critères de sélection en jeu pour la proposition du projet aux différents protagonistes n’ont rien de ceux d’une exposition pour laquelle on choisirait des exposants. Le choix s’est fait au regard, certes, de leur qualité artistique, mais aussi et surtout de la capacité de chacun à entrer et participer à l’élaboration collective d’un tel projet, compte tenu de leur recherche habituelle et de leur manière de travailler. Ainsi, durant presque deux ans, la liste a été peu à peu constituée au gré des rencontres, des avis et des recherches de chacun. Cette manière de procéder est très éloignée des pratiques « curatoriales » d’aujourd’hui et s’inscrit dans une volonté d’échapper à quelques impasses évidentes dont la plus spectaculaire fut l’annulation de Manifesta 6 (2006). Si nous avons particulièrement été soucieux de nous positionner par rapport à cet échec, c’est qu’il a été un traumatisme pour beaucoup de jeunes artistes initialement invités à participer à la manifestation et surtout parce qu’il est directement lié à la situation géopolitique de Chypre, situation à partir de laquelle nous souhaitions construire notre réflexion. Symboliquement et concrètement, revenir sur les lieux d’un tel échec international nous obligea à réfléchir aux raisons d’un tel gâchis afin de prendre des voies totalement autres. Le projet a donc pris le temps de se construire à partir d’une première résidence, sans aucune demande particulière de création ou de résultat autre que la mise en contact d’un lieu et d’un groupe d’artistes et chercheurs. La résidence a favorisé les échanges, collectifs (rencontres et discussions, conférences) et en groupes plus restreints. C’est seulement à la suite de cette expérience commune réunissant une trentaine de personnes venant de 12 pays différents, que nous avons pu envisager ensemble la suite du projet, et la définition élargie de la thématique. Il s’agit donc d’un mouvement inverse à celui habituel dans le champ artistique international, où un commissaire choisit une thématique, puis des artistes, puis des espaces d’exposition et intervenants éventuels.

L’objet d’étude en question, les Suspended Spaces, sera approché dans sa réalité géopolitique, historique, mais aussi spatiale, formelle, plastique. Ce que nous percevons de ces lieux est intimement lié aux représentations qui en ont été et qui en seront faites. Ces représentations entrent elles-mêmes dans un réseau de logiques et discours, schématisations et symbolisations, qui répondent de champs très différents. L’élaboration du projet répond à cette logique de recherche, où la confrontation à la réalité a été une expérience préalable, fondatrice du groupe de recherche. La présence fascinante de la ville fantôme de Famagusta a été la forme symbolique, paradigme des Suspended Spaces, qui servit d’espace physique sur lequel initier cet ensemble de regards sur le réel que le projet se propose de produire. La plage de Famagusta laisse voir la ville close de Varosha, avec ses hôtels à perte de vue, totalement vides, où le regard se perd dans des projections et des spéculations, où la mémoire individuelle (nos souvenirs, notre histoire) croise la mémoire collective (la modernité, la guerre, la division). Cette présence est productrice d’émotion, de sens, plaçant les données sensibles comme préalable aux œuvres et aux discours. Chacun selon sa recherche, son domaine, son histoire, va ensuite pouvoir réagir et produire des textes, des images, des films, des vidéos, des performances, des sons, pour proposer une représentation, littérale et métaphorique, de cette réalité-là ou de ce à quoi elle renvoie.

Si le groupe rassemblé pourrait sembler vouloir réunir dans le champ des arts des communautés divisées dans la réalité, nous tenons à affirmer que telle n’est pas notre prétention. Nous n’avons pas la naïveté de croire que les tensions historiques, les blessures ouvertes, peuvent même symboliquement s’effacer dans un projet artistique commun et nous refusons de jouer ce rôle très prétentieux de liquidateur de conflit. L’art, s’il s’inscrit dans le champ du politique, n’est pas une arme politique et ne peut se substituer aux pratiques politiques en usage dans ces cas. Il n’empêche que le groupe rassemble de fait des grecs, des turcs, des grecs chypriotes, des turcs chypriotes, ce qui témoigne d’un soucis de prendre en compte la situation locale, le point de vue des artistes, et de profiter de ce que leur regard particulier peut nous apprendre sur la situation.

Dans un même souci de respect de la réalité historique et sociale du pays en question, nous tenons à accompagner notre recherche d’un travail de documentation, utile pour les artistes mais également susceptible d’intéresser les protagonistes de cette réalité (entretiens, témoignages, photographies, textes, etc.).

organisation du projet:

Le Projet sur les Suspended Spaces s’inscrit dans une recherche qui a déjà sa propre histoire qu’il faut rappeler car elle définit une caractéristique importante de notre approche de la question. Nous insistons en effet sur le caractère approfondi de la recherche, fort différente d’une thématique ponctuelle d’exposition telle que le champ artistique à l’habitude d’en décider. Nous insistons également sur la quantité et la densité des échanges entre les artistes et théoriciens du projet, qui vont bien au-delà des rencontres occasionnées habituellement dans les expositions collectives ou les colloques. Le projet Suspended Spaces se construit dans la durée, en prenant le temps d’aborder les problèmes, d’élaborer des formes nouvelles, de faire des propositions, de les discuter, amender, transformer. Le work in progress est ici une dimension fondamentale de la recherche, et les expositions, publications, site Internet, colloques qui ponctueront chacune de ses étapes devront s’efforcer d’en témoigner.

SUSPENDED SPACES
NO MAN’S LAND, SPACE PARENTHESIS

Normally we define a space according to its use (sports ground, potato field, rest area) or according to its private or public status (a garden, a military zone, a country). There are also some spaces that are defined by the absence of occupation or use. The no man’s land is a territory deprived of human presence. In general, spaces that are empty of people reveal the aftermath of conflict and violence: the no man’s land is frequently the outcome of war or catastrophe; a space targeted by snipers, a minefield, a contaminated zone, an area dividing two front lines. However, a no man’s land can also be deliberately created between two sensitive zones; the Green line in Cyprus, around the Israel-Palestine wall, the southern borders of the United States etc. In an authoritarian way, territories are dissociated from their normal use in order to create a void.

The 20th century has been particularly marked by no man’s lands with powerful symbolic connotations: the term was created to describe the space between two trenches during the First World War. Later in time, we come across it again in different situations of status quo related to the Cold War, behind the Berlin Wall, between North and South Korea, between China and India, in Lebanon, in Palestine and more recently, in the torn apart Yugoslavia. Today, no man’s land are formulated in the United States of America, on the islands of Spain and Italy for the surveillance of borders, not for protection against the neighbour states but in order to prevent illegal immigration. Television has repeatedly inundated us with incredible images of hundreds of immigration candidates taking the no man’s land separating Spanish Ceuta from Morocco by assault.

Recent European politics is built on the principle of the abolition of physical borders. Within the Schengen space border lines between member states of European Union are being erased, symbolically rubbing out the element that provoked the international conflicts of the last century. However, the borderlines, buffer zones, no man’s lands, suspended spaces, mark the European geography with explicit symbolical violence highlighting areas of tension. Protecting the border lines between Europe and the Middle-East (the Green Line in Cyprus), Europe and Africa (Ceuta, Gilbraltar, Melilla), between Islamism and Christianity (Bosnia – Herzegovina), these empty spaces representing many of the world’s conflicts suggests a paradox: a depopulated space evoking overpopulation, calm evoking violence, void evoking suffering.

TOURISM AND TEMPORARY HABITATION

The economical growth of Europe provokes a double flow in two opposite directions: European citizens increasingly have the means to escape from the big cities of the north and to go south, towards the sun, the sea, the heat. On the other hand, people that are outside the European borders, desperately try to go north, towards the rich countries, usually in a clandestine way.

The irony of this dramatic exchange of populations is that it often takes place in the same places: the beaches of the Canary islands welcome tourists during the day and boats of illegal immigrants during the night. The islands of Lampedusa, Cyprus, Malta, are confronted with the same flow of tourists and illegal immigrants. Everything possible is done so that the ones do not meet the others, the welcome visitors and those chased.

From a spatial point of view, the places dedicated to mass tourism usually work in the same way; a grouped concentration of dwellings within a distance from historical centres and natives’ residences, serialization and standardisation of architecture, relative precariousness, bungalows, campings… These ad hoc complexes, which do not originate from the native culture, emerge for the potential arrival of the tourists, imposing their style, their form, their logic. In analogy, they define spaces that are as alien to the local reality as those created to host the clandestine immigration, a form of civilized suspended spaces.

The Mediterranean coastline is dotted with large scale touristic structures seasonally occupied and, at the same time, with surveillance zones, detention camps, to channel the perpetual arrival of exiled candidates. In this paradoxical geography there is a shocking element caused by the transformation of the landscape and the conflicted interests of those who live in it. The illusion of the ideal beauty of nature overlaps the illusion of the civilisation where everything is possible. In both cases, the reality of the hosting country is no longer of any importance, nobody really cares, and, even if someone does, it’s in an illusionistic or folkloristic way.

URBANISM, COLONY AND POST-COLONY

Tourism massively imposes its presence with the construction of housing, facilities and leisure structures, means of circulation, and its different infrastructures are sometimes very close to a post-colonial urbanism. Its forms also remind us of another process of colonization, strategic and planified. Indeed, the construction of housing is a weapon that has long been used in territory conflicts to impose its presence on the other, even if these houses sometimes remain « empty ». So we can also name suspended spaces these housings projects developed in large numbers; for example, those systematically constructed in northern Cyprus, imposing the future presence of Turk or English tourists on land once owned by Greek Cypriots. Suspended spaces can also take the form of Israeli settlements, built, barricaded and protected, within the Occupied Zones. This means of potentially inscribing the housing in a place refers once again to a conception of suspended space, whose symbolic strength turns into performative forms. The space proposal becomes a tangible issue, with all the concrete suffering that accompany it.

EMPTINESS AND MEMORY

We would like to present the hypothesis that an artistic point of view concerning the suspended spaces delineating the spaces along the European borders, will be able to examine and update the symbolic, semantic and visual force of these empty spaces. Thus the perception of the emptiness of these spaces is relative. Being able to see that which isn’t directly related to our senses but rather an association of the perceived forms and the memory of these places or of other equivalent ones.

Thus, when a no man’s land becomes vast and includes not only landscapes but also villages, cities, the feeling of emptiness is accentuated. The ghost towns are a form of climax of this gap between what is perceived and what memory suggests, what information, projection, fiction it communicates.

The absence of human presence becomes significant. The perceived forms are nourished by the memory of the places, by their resemblance to other places, other geographies, other stories. These interconnections of meaning through the association of forms, the importance that is given to the details, to the barely perceptible, lead us, without any doubt, to the manner in which art functions today, constantly at the edge of plastic arts and documentary, aesthetics and anthropology.

It’s definitely not a question of giving artists a new bone to chew on, a subject matter rich in human suffering and controversy that could satisfy the senses and sensations of the art world. The point here is to bring together precise, sensitive and sensible points of view on a subject or, more precisely, on a space whose opacity is paradigmatic. Because it’s necessary to have surgical vision in order to observe the emptiness, the absence.

The multi-faceted character of the project is not just a selected point of view, it’s the obvious way of treating it. The artistic approach cannot but take into consideration historical, geographical and anthropological documentation. However, one should not consider the different information gathered by specialists as a preliminary documentation for the artistic work, but to consider the historical, geographical, anthropological and philosophical knowledge embedded in the artistic creation. The collaboration and intersection of all the project participants, originating from different fields and having different approaches, will be permanent and continuous.

A PARADIGMATIC SPACE: FAMAGUSTA (CYPRUS)

A place: Famagusta, or more precisely Varosha, a ghost city located on the island’s east coast, is situated in northern Cyprus. Varosha, the Greek Cypriot part of Famagusta, was the second largest city in Cyprus (with 60,000 inhabitants outside the holiday period), was emptied of its inhabitants in 48 hours in August 1974 during the Turkish military offensive on the island, and immediately sealed off by the army. It has remained in that state ever since. Originally it was intended as a means for bargaining in the negotiations between the two Cypriot communities. The city is surrounded by barbed wire fences and guarded by soldiers. It is impossible to penetrate the interior of the zone defined by the fence, forbidden to film or take photographs but it is possible to circle around and to see it from the beach.

For nearly 35 years, time has been suspended and the city has also been suspended to a political decision which would return its destiny. Emptied of its bodies and forcibly abandoned, the city is a sanctuary, a place of memory, an object dedicated to inevitable entropy. The vegetation is gradually taking over the constructed city, invading buildings already damaged by time, the lootings and the bombings of 1974. If the visual impact of this ghost town is so powerful, it’s because its dimensions are those of a large city and that the surrounding atmosphere urges us to think of the paradoxes of modernity (cf A Tour of the Monuments of Passaic by Robert Smithson). This « non-occupied » or « awaiting occupation » space suffers from a lack of visibility outside the country’s borders.

Beyond the geo-political specificity of the place and any partisan position, it appears to us that Famagusta is a simultaneous vector of violence and poetry, that « modern » art and in particular cinema has managed to be retained under the generic form of the time-image such as defined by Deleuze.

Famagusta is a city that history has put aside. It symbolises with more pertinence than many other examples, the painful status quo in which Cyprus has been left. But as a form it also functions as a symbol. At the outset of this project there is a series of confrontations between us and the space, and there is also its presence and its symbolic power in the sense of Ernst Cassirer. Famagusta is a city that is only visible from the outside, either in a clandestine manner (from the north) or in a more spectacularly theatrical manner (from the south). This is an area in which it is officially forbidden to film or photograph. The fact that this ghost town, its history and its very existence, is totally ignored by the rest of Europe (Turkey included) manifests itself in the surprising tranquillity of this seaside resort town which is still inhabited, with its abandoned umbrellas, its decaying facades, its overflowing vegetation. Its physical presence, its exteriority, its form, is as symbolic as the historical situation it represents. In that sense, this city appears to us, to justify an artistic approach rather than one that is either journalistic or historical.

Without a doubt there is an injustice in the Cypriot situation that is widely ignored. There is certainly a work of information, archiving and testimonies to be collected, and it is possible that our project will also contribute to it. But this is not the focus of the project. Our object will keep and claim its own artistic specificity. It will confront artists with this spectacular, dense, rich, delicate, sensitive form and space that is part of the city of Famagusta, in order to produce an art form. There is no question of denying the history or the geopolitical reality of the situation, but rather to begin by its shape, from the outside, as we have done on each of our visits, turning around it. This decision is not a means of keeping the « object » at distance, but rather a means to acquire an individual and unique relation, which will pass by history and each person’s eyes, in an approach which will assert its subjectivity, its dead ends, its omissions. There is even less question of keeping Famagusta at « distance » than our position of exteriority which is at the most relative. Granted, this project has been largely constructed in France, but among the project participants, some will be from the Greek Cypriot community and hopefully others from the Turkish Cypriot community, some from Turkey but also artists whose country of origin crosses the issue of a torn apart country and the ensuring partition.

HISTORIQUE DU PROJET

Avril 2007 : Dans le cadre d’un projet européen Culture 2000, « Crossings: Movements of People and movement of cultures: Changes in the Mediterranean from Ancient to Modern Times », plusieurs artistes et théoriciens dont les porteurs de l’actuel projet Suspended spaces ont été réunis à Chypre, Malte et Amiens pour des expositions et deux colloques. A cette occasion, l’existence de la Ville de Famagusta a été évoquée et quelques-uns sont allés se confronter à la ville fantôme de Varosha. Suite à cette expérience forte et singulière, un groupe d’artistes, théoriciens et commissaires a décidé d’amorcer une recherche commune sur cet espace fantôme (Famagusta Project) et d’envisager cette ville comme un lieu de pensée sensible et critique, d’en produire une représentation afin de lui donner une visibilité.

Devant un objet historique aussi saisissant que Famagusta, la position d’un groupe de recherche comme le nôtre devait se méfier de ne pas simplement détourner la puissance symbolique et historique du lieu au profit d’un supplément d’âme artistique. Nous avons tous conscience du caractère extrêmement sensible de la démarche, pour laquelle nous souhaitons garder une fragilité, une précision du regard. Il ne s’agit pas ici seulement d’une situation politique sensible (elle l’est) mais aussi et surtout d’une manière d’aborder une situation, un drame, une histoire, un lieu, qui ne nous concerne que de très loin, dont nous ne savons que peu de choses et qui nécessite une approche toute en nuance. L’extériorité qui caractérise notre approche ne doit être ni oubliée, ni niée. Il y a trop d’exemples récents où cette position artistique s’est accompagnée, de fait, d’un mépris des acteurs et artistes locaux, ou tout simplement d’une manipulation d’une situation «exotique» plus ou moins douloureuse au seul profit d’une stratégie artistique de distinction individuelle.

Avril 2008, élaboration du Famagusta project et synthèse des réflexions : Suite à plusieurs réunions de l’équipe à l’origine du projet, quelques-uns d’entre-nous se sont rendu à Chypre en avril 2008, pour rencontrer les partenaires et les artistes chypriotes, mettre au point les questions logistiques avec l’équipe du centre d’art de Nicosie, afin de permettre le bon déroulement d’une première résidence. Une liste d’artistes et théoriciens français et étrangers ont été contactés, au regard de l’orientation de leurs travaux.

Octobre 2008, Résidence chypriote : Afin de se confronter au lieu, d’en avoir une connaissance physique et visuelle, tous les acteurs du projet se sont réunis durant 10 jours, du 24 octobre au 3 novembre 2008. Tout le monde était logé dans le même village de Tochni (Chypre du sud), à 55 km de Nicosie et environ 80 km de Famagusta. Des acteurs de la situation ont été invités à des rencontres et débats (maires de Famagusta, responsable de l’ONU, historien, anthropologue, architecte, etc.). A partir de cette même base, chacun s’est rendu librement où il le souhaitait, à Famagusta ou ailleurs (mise à disposition d’automobiles). Nous avons permis à tous l’accès à des documents et archives. Cette première étape a été une manière d’établir des contacts, de l’inscrire dans une réflexion, des échanges, une réalité concrète, une expérience commune.

Pendant la résidence Famagusta Project, ont été organisés plusieurs rencontres avec des personnalités qui nous ont chacun apporté un éclairage particulier concernant la ville fantôme de Famagusta. En voici le programme (à titre d’exemple) :

Mardi 28 octobre 2008 : rencontre avec Jose Diaz, porte parole de l’ONU à Chypre. Visite de l’aéroport de Nicosie abandonné en 1974 et situé dans la zone tampon (ligne verte). Soirée de projections et communications à Sidestreet (Nicosie Nord, partie chypriote turque), centre culturel dirigé par Anber Onar. Projection du film The Stones of Famagusta, the story of a forgotten city de Dan Frodsham et Allan Langdale. Présentation de projets d’aménagement de la zone verte par Anna Grichting, architecte et urbaniste, docteur et enseignante à la Harvard Graduate School of Design. Communication de Michael J.K. Walsh (professeur associé d’histoire de l’art, département d’archéologie et d’histoire de l’art de la Eastern Meditarrenean University à Famagusta) : projet de restauration et recherche de financement pour la ville médiévale de Famagusta, riche d’un vaste patrimoine défensif et religieux depuis le Moyen-Age.

Mercredi 29 octobre : Tochni. Communication de Aristide Antonas, architecte, commissaire d’exposition et écrivain, docteur en philosophie (Nanterre Paris X), professeur d’architecture à la Volos School of Architecture, University of Thessaly (Grèce). Présentation de son travail intitulé Nicosia Water Tanks en collaboration avec Armin Linke (artiste participant au projet). Christos Savvidis, commissaire indépendant et agent culturel grec nous a présenté l’exposition Looking forward to hearing from you, réunissant des artistes chypriotes à Kodra, espace militaire recyclé à Thessalonique à l’été 2008. Le commissariat était assuré par Androula Michael, membre de l’équipe organisatrice du projet Famagusta.

Jeudi 30 octobre : Rendez-vous à Nicosie avec le maire (en exil) chypriote grec de Famagusta, Alexis Galanos. Soirée au Municipal Art Center de Nicosie (directeur Yiannis Toumazis partenaire du projet). La première exposition du projet aura lieu dans cet espace en octobre 2009. Visite de lieux et de l’exposition actuelle. Conférence de Richard Wentworth, artiste anglais invité par le Centre.

Vendredi 31 octobre : Rencontre avec le maire Chypriote turc de Famagusta Monsieur Oktay Kayalp, dans les locaux de l’hôtel de ville de Famagusta qui jouxte la ville occupée. Point de vue inédit depuis le toit de la mairie sur la ville morte.
Samedi 1er novembre : Conférence de Yiannis Papadakis, anthropoloque, professeur à l’université of Cyprus. Les enjeux anthropologique de la ville occupée de Famagusta (nationalisme, guerre des mémoires, déplacements et projections des populations).
Les artistes et théoriciens de cette résidence constituent le noyau central du groupe de travail. Ils viennent de 9 pays différents de l’Union européenne (Angleterre, Belgique, Chypre, Grèce, France, Italie, Pays-Bas, Portugal, Bulgarie) et de deux pays extra-européens (Liban, Turquie). Le niveau de reconnaissance international des participants aux projets produira de fait une mise en relation des réseaux de chacun. La proposition qui leur est faite et pour laquelle ils ont accepté de s’investir, diffère de leur pratique habituelle, les obligeant par la suite à resituer leur création dans un contexte propre à chacun. L’évolution et la diffusion des œuvres produites dépasseront donc largement le cadre de ce que nous proposons, et cela ouvrira le projet vers des connexions et des projets futurs probables.

Janvier 2009, journées d’étude à Caen (IMEC) : Entre le 30 janvier et le 2 février 2009, l’ensemble des membres du projet s’est réuni en courte résidence à Caen (locaux de l’IMEC, abbayes d’Ardennes).

Par ailleurs, chacun des artistes et théoriciens a également été invité à proposer une amorce de travail, sous la forme de directions énoncées pour la poursuite du projet, artistique ou théorique. Selon les situations, certains peuvent souhaiter ou non retourner sur place pour réaliser un projet ou recueillir des informations, des images, des sons, des témoignages, des documents, ou réaliser une performance, une installation, etc. Ils peuvent aussi souhaiter le faire ailleurs, chez eux ou dans un pays de leur choix.
Pendant cette résidence, chacun exposa son projet en le mettant en perspective avec son travail habituel. Ce fut ainsi l’occasion pour tout le monde de prendre mieux connaissance des recherches de chacun.

Nous avons accueilli Gilbert Fillinger et Françoise Roux, respectivement Directeur et secrétaire générale de la Maison de la Culture d’Amiens, et discuté longuement la prochaine étapes du projet et de l’implication de la Maison de la Culture dans sa mise en place.

Par ailleurs, un web master est venu présenter et discuter des propositions pour la mise en forme d’un site internet Suspended spaces à construire. Il ne s’agira pas seulement de choisir l’habillage mais bien d’envisager comment le site peut constituer une plateforme publique qui centralisera et réunira de manière cohérente et dynamique l’ensemble des projets en cours.

A l’occasion des présentations de chacun, les nécessités de production ont été mises à jour. Des moyens techniques et financiers seront en effet fournis aux artistes et théoriciens pour la bonne réalisation de leurs projets, en fonction à la fois de notre budget et des possibilités qui seront offertes par nos partenaires. Nous ne souhaitons en aucun cas diviser une somme globale pour ensuite répartir le budget en sommes égales. Il s’agira plutôt de faire en sorte que chacun des projets puisse s’adapter aux contraintes de budget et d’espace, en aidant l’artiste à trouver des financements complémentaires si nécessaire.

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Written by suspendedspaces

4 janvier 2010 à 1:54

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