Suspended spaces

Posts Tagged ‘Maison de l’Architecture

Elizabeth Hoak Doering / Suspended Spaces#1 à la Maison de l’Architecture

Elizabeth Hoak Doering

things, witnesses!

2009

Installation – objets, papier, mécanisme, enregistrement sonore. Dimension variable

Depuis plus de cinq ans, Elizabeth Hoak Doering mêle le dessin et l’installation. Elle fait « dessiner les objets » ou les éléments naturels, et explore ainsi l’idée d’une intériorité du monde non-humain, qui se dévoilerait dans ces graphismes.

Pour réaliser things, witnesses!, elle a emprunté à des habitants des deux parties de Chypre divisée des objets quotidiens vieux d’au moins trente ans, pour qu’ils aient été témoins de la division de l’île et des douloureux événements des années 1970. Suspendus en l’air et équipés d’un stylet qui les prolonge vers le sol, ils inscrivent des traces sur une feuille de papier placée à son contact, lorsqu’ils sont mis en mouvement. Déjà exposé à Chypre en 2009, ce dispositif était accompagné de la voix enregistrée de l’artiste, traduisant en anglais le récit des objets raconté par leurs propriétaires.

Elizabeth Hoak Doering interroge les objets en tant que témoins de l’histoire, se référant aux propos de Walter Benjamin (L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique) : « Ce qui fait l’authenticité d’une chose est tout ce qu’elle contient de transmissible de par son origine, de sa durée matérielle à son pouvoir de témoignage historique ».

Les objets d’Elizabeth Hoak Doering sont sensibles à la présence de l’humain détectée par des capteurs placés dans l’espace de l’installation, qui actionnent de petits moteurs. Ainsi, le mouvement naturel d’oscillation d’une chaise, lié à la masse d’air qui l’environne, est renforcé par le passage d’un spectateur qui déclenche la mise en marche du moteur. C’est aussi pour explorer ce lien entre hommes et objets que l’âge des objets importait à l’artiste : elle souhaitait qu’ils aient aux yeux de leur propriétaire une charge affective. La douceur des mouvements et des traits déposés sur le papier semble ici une réponse faite par les objets. L’objet devient alors le témoin de l’entremêlement de deux polarités de l’identité, le politique et le personnel. Ces objets inscriraient ici leur témoignage, et chaque dessin réalisé étant unique, cette installation met en valeur la pluralité des expressions et des expériences d’une histoire commune, celle de Chypre, sous-tendue par les questions politiques.

Elizabeth Hoak Doering explique que depuis les années 2000, elle s’intéresse à l’idée que le travail artistique est « déjà là », présent dans le monde extérieur, et que le travail de l’artiste consiste à le remarquer et à le matérialiser en image, à le « traduire ».

Elizabeth Hoak Doering, née en 1966 à Philadelphie, vit et travaille à Nicosie, Chypre. Elle a étudié l’anthropologie et la sculpture. C’est en 2002, à l’occasion de sa participation à la Biennale d’Arménie sur l’invitation de Garo Keheyan, qu’elle construit ses propres appareils et oriente ainsi son travail vers l’installation, les arts visuels et la création sonore. Plusieurs de ces œuvres explorent Chypre, sa société et ses enjeux identitaires et politiques. Elle y a effectué de nombreux séjours avant de s’y installer en 2007.

Charlène Dinhut

things, witnesses! Elizabeth Hoak Doering 2009 Installation - objets, papier, mécanisme Dimension variable © Elizabeth Hoak Doering pour Suspended Spaces

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Written by suspendedspaces

4 janvier 2010 at 5:53

Filip Berte / Suspended Spaces#1 à la Maison de l’Architecture

Filip Berte

Eutopia /Collective Memory Gallery

2009

Installation : construction en bois et plastique, peintures acryliques sur papier Steinbach 4,20 m x 7 m x 2,60 m.

Pour explorer la question de la mémoire collective européenne, Filip Berte expose dans cette Collective Memory Gallery (galerie de la mémoire collective) des peintures qu’il a réalisées à partir de documents trouvés sur l’Europe. Combinant des représentations de sites historiques et de sites naturels, l’installation montre que le paysage n’est que la première perception que l’on a d’un lieu. L’artiste choisit de faire émerger le secret caché sous cette apparence : l’histoire que les lieux portent en eux, comme une cicatrice invisible laissée par le passé. Aux peintures exposées à l’intérieur de la galerie s’ajoutent celles qui, réalisées spécifiquement pour cette exposition et formant une extension physique à cette structure en bois, se concentrent sur l’histoire chypriote.

Filip Berte espère que le visiteur européen sera plus qu’un observateur de cette mémoire exposée, qu’il la fera sienne, tout en la partageant avec tant d’autres personnes. C’est la notion de territoire que l’artiste explore : un espace politique où se tisse le lien entre le lieu géographique et l’identité, et où s’esquisse un futur commun. Les lieux témoignent ici d’une histoire douloureuse : violences, guerres, oppressions. Filip Berte se concentre sur l’Europe du XXe siècle, marquée par de funestes réalisations d’utopies. Il met en évidence ces traumatismes sombres qui hantent encore l’Europe, comme pour mieux les exorciser.

La Collective Memory Gallery est une partie autonome d’un vaste projet nommé Eutopia. Eutopia, étymologiquement, s’éloigne de l’Utopie et de son préfixe privatif U-, pour préférer Eu-, qui en grec évoque le réel, le juste et le bon. Le projet Eutopia interroge l’Europe dans sa réalité plurielle, et doit aboutir à la construction d’une Maison d’Eutopia à Bruxelles. S’appuyant sur l’art et la recherche, ce projet de maison lui-même utopique offrirait un espace pour penser et questionner l’Europe selon les points de vue historique, politique, social et culturel. Proposée sous forme d’une galerie construite, l’installation est également une invitation faite au visiteur pour s’approprier concrètement la mémoire : comme dans une galerie artistique, il est possible d’acheter l’un des tableaux, chacun étant reproduit en cinq exemplaires.

Filip Berte, né en 1976, est un architecte et artiste visuel belge. Il étudie l’architecture à l’Institut St-Lucas de Gand, dont il est diplômé en 1999. Il étudie également la peinture à la Royal Academy of Fine Arts de Gand, de 1988 à 1997. Le projet Eutopia, qu’il développe depuis 2006, est inachevé mais certaines de ses salles sont déjà exposées de manière autonome, comme la Collective Memory Gallery.


Eutopia / Collective Memory Gallery Filip Berte Installation : construction en bois et plastique, peintures acryliques sur papier Steinbach 4,20m x 7m x 2,60m. © Filip Berte pour Suspended spaces -Producteur; * CAMPO, artscentre (Ghent) -Co-producteurs: * deBuren (Brussels) * Kunstenfestivaldesarts (Brussels) * European Cultural Foundation (Amsterdam) * Vrede Van Utrecht (Utrecht)

Written by suspendedspaces

4 janvier 2010 at 4:25