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Le poète Mehmet Yashin

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Dessin : Chloé

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Written by suspendedspaces

20 janvier 2010 at 10:49

Mehmet Yashin / Suspended Spaces#1 à la Maison de la Culture

Mehmet Yashin

Dead House

2009 – 2010

Installation – texte transféré sur le mur, enregistrement sonore, textes à disposition

Traductions en allemand, anglais, bosniaque, espagnol, français, grec, italien, judeo-espagnol, letton,néerlandais, turc.

Pour le projet Suspended Spaces, Mehmet Yashin revisite son propre travail et propose une variation sur son poème Dead House. Dans cette pièce, il associe d’une part un enregistrement sonore où il lit le texte dans sa langue originale, le turc, d’autre part des traductions de ce poème en onze langues différentes, proposées au visiteur sur des feuilles volante et enfin l’écriture manuscrite de ce texte en français, à même les murs de la Maison de la Culture. Mehmet Yashin s’est basé sur son expérience d’enfant réfugié pour écrire le poème Dead House, où il évoque la maison de son enfance que sa famille et lui-même ont dû quitter pendant l’hiver 1963 (le “Bloody Christmas”) alors qu’il avait cinq ans. Située à Neapolis, dernier quartier cosmopolitain de Nicosie (Chypre), elle avait alors été pillée et incendiée par l’EOKA, l’Organisation Nationale des Combattants Chypriotes (une organisation nationaliste anticommuniste et pro-hellène qui souhaitait l’autodétermination de l’île et son rattachement à la Grèce). Mehmet Yashin avait perdu certains membres de sa famille lors de ce conflit.

Si aujourd’hui le poème occupe les murs de l’espace d’exposition à Amiens, il s’est nourri des murs brûlés de l’enfance de l’auteur. Chant en hommage à une maison morte, le texte crie le temps qui passe et la douleur de la perte, qui elle reste intacte, tandis que « tinte le fou-rire de la guerre ». En proposant le même poème en onze langues, Mehmet Yashin revendique le caractère universel de ses écrits. Ne prenant pas de position politique, il préfère l’espace poétique à celui des nations. En épilogue à son recueil paru en français sous le titre Constantinople n’attend plus personne (2008, Edition Bleu autour), il affirme ainsi : « L’espace de mon identité ne peut être que ma poésie ».

Mehmet Yashin signe ses écrits d’un même « seau », qui illustre les couvertures de ses livres : une figure de l’hybridité qu’il a dessinée lui-même et qui représente au mieux cette installation que l’artiste a placée aux croisements des identités – artistiques comme nationales.

Mehmet Yashin est un poète né en 1958 à Chypre. Il vit actuellement entre Cambridge, Istanbul et Nicosie. Il est considéré comme l’un des plus importants poètes turcophones de sa génération. En 1984, son premier recueil Sevgilim OÅNlü Asker (Soldat mort mon amour) est dédié « à toutes les victimes des guerres de Chypre». Il est récompensé par le Prix de poésie de l’Académie Turque et le Prix de poésie A. Kadir mais il a également pour conséquence l’expulsion du poète à cause de ses critiques « subversives » contre la politique turque défendue à Chypre. En parallèle à son travail poétique, il a écrit à ce jour deux nouvelles, trois essais et trois anthologies et études sur la poésie chypriote. Son travail est traduit dans plus de vingt langues. Ses poèmes ont fait l’objet de mises en musique et ont été adaptés pour la scène et pour des œuvres d’art visuel.

Charlène Dinhut

Written by suspendedspaces

4 janvier 2010 at 10:58